Récapitulons. Un ministre de la République vient de vouer les deux tiers d’une intervention en prime time sur TF1, devant 5 millions de français, à expliquer qu’il se sentait persécuté par un français.
Devant 5 millions de français, donc, Gabriel Attal s’est ainsi épanché, se présentant, sans jamais nommer son bourreau, comme un Saint-Sebastien à béatifier.
Pour en justifier, M. Attal raconte qu’il y a 20 ans, le jeune garçon que j’étais aurait orchestré une vague d’attaques homophobes contre lui, après que je me sois juré de le « détruire », parce qu’il était allé une fois au cinéma avec une fille que je courtisais.
Pause.
Le ministre de l’éducation nationale, que tant voient déjà en Président, s’est donc laissé filmer racontant cette anecdote à des millions de français ?
Il y a déjà quoi s’interroger.
Je ne ferai pas l’affront à M. Attal de lui rappeler qu’il n’a découvert son orientation sexuelle que vers 20 ans, qu’il n’a donc pu auparavant faire l’objet d’une quelconque campagne visant à le stigmatiser à ce sujet, et qu’on voit mal quelle jalousie aurait pu être nourrie au sujet de ses rapports avec une femme si son homosexualité était, comme il le prétend paradoxalement, établie.
Une fois acquis que M. Attal a menti, vient la question. Pourquoi un ministre de l’éducation s’abaisse-t-il comme cela ? Simple opportunisme et instrumentalisation ? Mais pourquoi alors prendre le risque d’à ce point les personnaliser son ennemi ? Survivance de sentiments ambivalents ? Volonté de vengeance mal calculée ?
La réponse va vous passionner.
Il y a quatre ans, je publiais un ouvrage, Crépuscule, qui prenait M. Attal, aux côtés de Macron, comme objet d’étude, après qu’il soit entré au gouvernement.
Je le faisais alors que je l’avais perdu de vue depuis des années, après avoir passé de nombreuses années à l’école à ses cotés, et l’avoir vu s’amuser à torturer ses petits camarades moins bien nés.
Alors que j’enquêtais sur Emmanuel Macron, une de ses amies avec qui j’avais couché s’est prise de me raconter sa vie, et m’a fait découvrir les tréfonds du système dans lequel il baignait, normalement voué à l’opacité.
Ambitieux, sans foi ni loi, instrumentalisant ses relations amoureuses pour se voir jusqu’aux sommets propulsé, ce qu’elle m’en disait m’apparaissait fidèle à ce qu’il avait toujours montré.
Cette femme m’apprenait ainsi qu’il s’était pacsé avec Stéphane Séjourné, conseiller politique de Macron, après qu’il lui eut attribué une des plus belles circonscriptions. Qu’il avait obtenu son diplôme à Sciencespo suite à un arrangement avec un conseiller du gouvernement. Etc.
Adolescent, déjà, élève moyen et arrogant, Gabriel trainait devant Duruy pour tenter de se rapprocher des héritières Clarins, avant de se fixer sur la fille de Marisol Touraine afin de se faire recruter à son cabinet, ce qui le ferait passer de la sarkozie à la hollandie. Aujourd’hui, Attal est avec Véran, après que Séjourné lui ait apporté ce qu’il pouvait.
Tandis que de puissants communicants, dans un système avide d’impétrants, faisaient tout pour lui construire une légende dorée, je découvrais l’écart entre le réel et ce qui s’en disait.
Ecoutant les descriptions de cette vie creuse et avide, je comprenais le pourquoi de ce visage toujours plus blafard, de ces cernes qui croissaient.
Ces découvertes s’ajoutaient à celles qui concernaient la macronie. Mimi Marchand, Niel, Griveaux… la galaxie se constituait.
Crépuscule en naitrait. Plus d’un million de français le liraient. Et jamais nos maîtres ne me le pardonneraient.
Aujourd’hui Gabriel Attal, 34 ans, ne s’en est visiblement pas remis. Cela l’amène à raconter n’importe quoi devant des millions de français pour tenter de sauver sa psyché.
Qu’il retrouve un peu de décence, cependant.
Trop de personnes sont en souffrance pour se voir ainsi instrumentalisées.
La politique n’est pas une thérapie.
Et l’ambition ne peut être une justification à toutes les manipulations.